Il y a plus de 10 ans, par un beau
matin d’hiver, nous eûmes l’énorme surprise de voir,
dans notre jardin, sur un arbre couvert de neige un couple de
perruches fort colorées. S’étaient-elles échappées
d’une cage ? Nous ne pensions pas qu’elles
pourraient survivre. Elles se sont bien adaptées et ont fort
prospéré. Et aujourd’hui une multitude de ces oiseaux colorés
et braillards vivent dans notre village y apportant une touche
d’exotisme fort surprenant. Elles sont au moins 30 et font
vraiment partie de notre décor mais qui sont-elles
?
Une espèce
introduite
La perruche à collier (Psittoculo kromeri) est
une des quatre espèces de Psittacidés introduite en Europe : elle a
été importée à des fins commerciales depuis ses aires
d’origine, à savoir l’Afrique de l’ouest et
centrale, le sous-continent indien, le nord de la Birmanie et
l’Asie du sud-est. Des individus relâchés par des vendeurs ou
des particuliers, ou encore échappés de captivité sont probablement
à l’origine de l’observation de cette espèce en
liberté. Certains auteurs pensent également que des perruches en
migration peuvent avoir été déviées sur le continent
euro
péen mais cette hypothèse
paraît peu probable en raison de sa faible dispersion spatiale
(environ 12 km)
Dans notre pays, elle est bien
connue à Marseille, en Provence, en Ile-deFrance et dans le
Nord-Pas-de-Calais, mais elle est considérée comme nicheuse rare
sur l’ensemble du pays. Pour autant, à notre connaissance
aucun dénombrement n’a été mis en œuvre, si ce
n’est à Marseille où 150 perruches étaient présentes en 2004
(trois espèces comptabilisées).
Écologie de la perruche à
collier
Cette imposante perruche de 37 à 43 cm de
long, dont 20 à 25 cm pour la queue, ne passe pas inaperçue : son
plumage vert, son gros bec rouge et crochu la rendent
caractéristique, de même que les cris mono ou bisyllabiques fort
et stridents que les oiseaux poussent en vol pouvant être traduits
par « Kjui ». Le mâle est parfaitement reconnaissable à son
collier noir qu’il acquiert dès l’âge de deux ans et à
sa tâche nucale rose étroite.
Les oiseaux semblent parfaitement
s’adapter aux conditions environnementales européennes.
L’espèce est essentiellement arboricole et colonise
généralement des boisements en maturation au voisinage de
l’homme, sans toutefois pénétrer à l’intérieur des
vastes massifs forestiers. Peu farouche, elle profite en milieu
urbain de la nourriture d’origine anthropique, des
températures plus clémentes et de l’absence de
prédateurs.
La perruche à collier est une
espèce granivore : elle glane fruits, baies et graines en milieu
forestier, dans les jardins ou les vergers, mais on l’a déjà
observée à Marseille décortiquant un escargot et récupérant des
déchets près des poubelles. L’hiver, ces oiseaux se
nourrissent aussi sur les mangeoires des parcs et jardins, ce qui
doit nettement diminuer la mortalité de l’espèce durant cette
saison. Le milieu urbain favorise donc son développement
d’autant plus qu’elle bénéficie d’un sentiment de
sympathie particulièrement élevé parmi les
habitants.
Cavernicole en période de reproduction,
c’est à dire de janvier à juin (cantonnement fort à proximité
immédiate du nid en janvier-février), l’espèce recherche
d’anciennes loges de pics dans les vieux troncs de parcs
(hêtre, marronnier et platane en Belgique, platane voire érables en
France) entre 3 et 10 mètres de haut, et forme des colonies lâches
pour des densités maximales connues de 5 couples par kilomètre carré. Ces cavités
peuvent être agrandies mais les individus seraient également
capables de comportements excavateurs . Elle peut également parfois
nicher dans des murs ou sur des bâtiments. La cavité est garnie de
copeaux de bois, dans laquelle 3 à 4 œufs sont
couvés
jusqu’à vingt-deux
jours. Pendant l’incubation, le mâle nourrit la femelle. Les
jeunes sont émancipés à l’âge de sept
semaines.
Le caractère compétiteur de
l’espèce vis-à-vis des espèces indigènes cavernicoles (pics,
sitelle torchepot,...) n’a pas été mis en
évidence.
En dehors de la période de reproduction, mais
surtout de septembre à décembre, l’espèce affirme son
caractère grégaire sous
la forme de groupes de 5 à 50 individus,
très visibles, qui errent à la recherche de nourriture. La mobilité
est alors à son paroxysme.
II est à noter d’autre part que tout au
long de l’année les perruches à collier se regroupent en
dortoirs nocturnes dès la fin de journée (souvent quelques arbres
très localisés), auxquels elles sont particulièrement fidèles. Les
effectifs enregistrés présentent toutefois des fluctuations
saisonnières notamment lors de la période de nidification. Des
groupes d’individus convergent alors en direction du dortoir
commun à vive allure et selon un vol direct rectiligne, utilisant
des arbres relais pour la pose, de plus en plus proche du dortoir
au fur et à mesure que la nuit s’avance
.